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04.01.2008 - Dans la presse
"Les Echos" - L'essor des Achats Responsables
Le phénomène de mondialisation, dont l'ampleur ne cesse de croître, est parfaitement illustré par l'extension tentaculaire des chaînes d'approvisionnement. Visant sans relâche à réduire les coûts de production, les fabricants recourent abondamment à la sous-traitance, en élargissant leurs chaînes d'approvisionnement. Les villes côtières de Chine sont désormais loin de représenter la limite géographique à ne pas dépasser. Désormais, les entreprises s'aventurent plus profondément dans ce pays et par-delà les frontières, là où les conditions s'avèrent être globalement « plus faciles ». Prenez par exemple les îles Mariannes, un archipel perdu du Pacifique. Cette quasi-colonie américaine peut exploiter des ateliers de misère, évitant les strictes réglementations nord-américaines en matière de droits de l'homme tout en indiquant sur ses produits : « Fabriqué aux Etats-Unis ».
Même les grandes marques constatent que cette stratégie présente de nombreux risques sur le plan financier et en termes d'image. Le fabricant de jouets Mattel, rendu célèbre par ses poupées Barbie et Ken, a accusé le coup le plus dur puisque l'affaire des jouets chinois fabriqués avec de la peinture au plomb a fait les gros titres dans le monde entier. De même, Gap a récemment défrayé la chronique. Le fabricant américain impose à ses fournisseurs le respect de standards éthiques élevés et a mis en place des systèmes qui permettent d'évaluer et de contrôler la conformité de ses fournisseurs à ses codes de conduite. Malgré tous ses efforts, une controverse majeure a éclaté lorsqu'un enfant de dix ans a été photographié, dans la capitale de l'Inde, brodant un produit arborant visiblement la marque Gap. Dans un monde où les informations sensibles sur les produits et/ou entreprises sont de plus en plus disponibles à travers les blogs, les sites des ONG et les vidéos en ligne, nous assistons à l'émergence d'une nouvelle forme d'ultratransparence, qui pousse les grandes multinationales à adapter rapidement le système de management des fournisseurs.
Heureusement, à chaque risque correspond généralement une opportunité. Par exemple, SustainAbility suit avec attention EcoVadis, une jeune entreprise française qui propose des services permettant d'apporter une réelle transparence au sein de la chaîne d'approvisionnement : s'appuyant sur un logiciel innovant et un service d'analyse, elle évalue la performance sociale et environnementale des fournisseurs. Son cofondateur, Pierre-François Thaler, explique : « Il y a deux ans, les directeurs achats se demandaient « pourquoi le développement durable ». Ils s'interrogent maintenant sur le « comment » et sont à la recherche d'outils et d'indicateurs leur permettant de déployer, sur des centaines de fournisseurs, des pratiques d'achats responsables. »
EcoVadis s'inscrit dans une dynamique mondiale à un moment où les pays émergents comme la Chine et l'Inde sont de plus en plus montrés du doigt. Pourtant, l'explosion du commerce international et des délocalisations industrielles est responsable de plus de 20 % des émissions de CO2 de ces pays. Faut-il, comme le préconise le président Sarkozy, instaurer une nouvelle taxe carbone à l'entrée du territoire, pour les produits importés à fort contenu carbone ? Ou au contraire donner aux acheteurs les outils leur permettant de mesurer l'intensité carbone de leurs fournisseurs, pour informer les décisions de localisation de leurs achats ? Un groupe d'industriels (dont L'Oréal, Nestlé, Unilever) semble avoir fait le second choix et vient de lancer une initiative (le « Carbon Disclosure Supply Chain Project ») qui vise à mesurer les émissions de CO2 de plusieurs centaines de leurs fournisseurs. Il reste à voir si ce genre d'initiative volontaire entraînera une amélioration, crédible et notable, de la performance environnementale de ces entreprises.
Ce phénomène serait-il passager ? Certainement pas. Pour reprendre les propos de Pierre-François Thaler : « Aujourd'hui, les responsables achats sont encore très attentifs aux coûts supplémentaires liés à une politique d'achats responsables, mais nous sommes convaincus que, d'ici à trois ans, ils se focaliseront davantage sur le potentiel de création de valeur. Cette tendance est parfaitement comparable à celle du management de la qualité totale. Les entreprises qui ont une vision long terme ne se préoccupent pas du coût de systèmes qualité mais de la valeur créée. »
JOHN ELKINGTON est fondateur et entrepreneur en chef de SustainAbility ; JEAN-PHILIPPE RENAUT y travaille comme analyste

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